Je suis Maden Moisix, j’ai construit ce nom comme je construis mon identité, tout comme je construis mon rôle d’artiste. Je me nourris du monde, je l’embrasse d’un amour infini. Parfois cet amour prend sa source dans la colère. Sûrement, parce que j’ai été assigné femme alors que je suis trans non-binaire et que cette identité fantôme fait de moi quelqu’un qui doit gratter dans les marges.

J’aime les grands espaces ; les rives de la Garonne et les dunes sauvages de la côte Atlantique du sud-ouest où j’ai grandi, les hauteurs du plateau de Millevaches, terre dont je suis tombé·e amoureux et où je vis, ses étendues d’eau, ses points culminants… Dans les marges et les jonctions, je suis aussi glaneureuse des villes et des forêts. Il semblerait que c’est en partie comme ça que je parviens à me réapproprier mon corps, grand enjeu du quotidien.

Se contorsionner pour entrer dans des poubelles plus grandes que moi, se contorsionner pour ramasser des champignons dans les fougères, s’accroupir pour cueillir les violettes, escalader pour ramasser les figues . Peu importe le butin, lorsqu’il est enfin disposé sur la table de la cuisine, je n’ai qu’une seule chose en tête, le partager le moment venu. Ce partage est le plus souvent performer par la préparation de repas ; second moyen que j’identifie comme réappropriation de mon corps puisque nombres de gestes et relations au territoire sont en présence dans les actions de boire et manger.

Ce que je glane me permet aussi de fabriquer, dans le creux de l’atelier, des costumes, des masques et des accessoires qui me permettent de témoigner de cette quête d’identité, questionner les normes de genre, les rôles sociaux… J’invente des super hero·ïnes venu·es d’une autre dimension et appréhende ainsi /me réapproprie/ mon corps, encore différemment. Je vogue, d’expériences en expériences, pour nourrir le feu et la magie. Je veux être dans le monde pour le raconter. Ces moments pris dans l’action s’équilibre avec des temps de reculs. Ces sensations glanées, que je capte, alerte, je les dépose dans des images et dans des textes que je compose pour en faire des éditions et des vidéos qui témoignent autant des transitions saisonnières que des prises de consciences personnelles.

J’ai grandi près de Bordeaux, puis je suis passé par l’École nationale supérieure d’art de Limoges de 2014 à 2019 . Après avoir vécu un an dans un lieu autogéré de vie et d’accueil d’exilé·es à Limoges, avec une centaine d’autres personnes de différentes nationalités, j’ai quitté la ville pour la campagne. Je vis depuis septembre 2020 sur le plateau de Millevaches, en Corrèze, dans un tout petit village d’une cinquantaine d’habitant·es et je reviens régulièrement dans la campagne bordelaise de mon sud-ouest natal.

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